Charges et taxe foncière en bail commercial : qui paie quoi depuis la loi Pinel ?

October 27, 2026
Maison en bois, pièces de monnaie et mention fiscale illustrant la taxe foncière d'un bail commercial

A retenir

  • Depuis la loi Pinel, le bail doit contenir un inventaire précis et limitatif des charges, impôts et taxes, avec leur répartition entre bailleur et locataire.
  • Quatre catégories de dépenses ne peuvent plus être mises à la charge du locataire, dont les grosses réparations de l'article 606 du code civil.
  • La taxe foncière fait exception : elle reste refacturable au locataire, mais seulement si le bail le prévoit expressément.
  • Ces règles s'appliquent aux baux conclus ou renouvelés à compter du 5 novembre 2014. Les baux antérieurs restent sous l'ancien régime jusqu'à leur renouvellement.
  • Dans un ensemble immobilier, les charges des locaux vacants ne sont pas imputables aux locataires en place.

Pendant longtemps, la répartition des charges dans un bail commercial relevait de la pure liberté contractuelle. Les baux dits « triple net » transféraient au locataire la quasi-totalité des dépenses, taxe foncière et grosses réparations comprises. La loi Pinel du 18 juin 2014, complétée par le décret du 3 novembre 2014, a mis fin à cette liberté totale. Voici ce qui peut encore être refacturé, ce qui ne le peut plus, et le sort particulier réservé à la taxe foncière.

Ce que la loi Pinel a changé

L'inventaire des charges est devenu obligatoire

Le bail doit désormais comporter un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances liés au bail, en indiquant pour chacune qui du bailleur ou du locataire la supporte. Les deux adjectifs comptent. Précis interdit les formules générales du type « toutes charges et taxes quelconques ». Limitatif signifie que ce qui n'est pas énuméré ne peut pas être réclamé.

Cette exigence figure à l'article L.145-40-2 du code de commerce. Elle s'accompagne d'une obligation d'information continue : le bailleur doit communiquer un état récapitulatif annuel des charges, et informer le locataire des nouvelles charges, taxes ou redevances qui apparaîtraient en cours de bail.

À quels baux ces règles s'appliquent-elles ?

Aux baux conclus ou renouvelés à compter du 5 novembre 2014. C'est un point décisif en pratique : un bail signé en 2012 et jamais renouvelé reste régi par ses propres stipulations, même si elles mettent à la charge du locataire des dépenses aujourd'hui interdites. Le basculement s'opère au renouvellement.

Les quatre catégories qui ne peuvent plus être refacturées

L'article R.145-35 du code de commerce dresse la liste limitative des dépenses qui ne peuvent plus être imputées au locataire.

Tableau des charges non imputables au locataire d'un bail commercial depuis la loi Pinel

S'y ajoute une règle propre aux ensembles immobiliers : les charges, impôts et travaux relatifs à des locaux vacants, ou imputables à d'autres locataires, ne peuvent pas être répartis sur les occupants en place. Autrement dit, le bailleur supporte le coût de sa propre vacance.

La taxe foncière : l'exception qui compte

Pourquoi elle échappe à l'interdiction

La taxe foncière est pourtant un impôt dont le propriétaire est le redevable légal. Elle devrait donc, par principe, rester à sa charge. Le texte prévoit cependant expressément que les parties peuvent convenir de sa répartition, elle et les taxes additionnelles qui l'accompagnent. Elle demeure donc refacturable au locataire.

À une condition : que le bail le prévoie

C'est le point que beaucoup de locataires découvrent trop tard, et que beaucoup de bailleurs négligent. La refacturation n'a rien d'automatique : elle suppose une clause expresse, et la taxe doit figurer dans l'inventaire des charges. Un bail muet sur la taxe foncière la laisse au propriétaire, même si l'usage du marché va dans l'autre sens.

Pour un locataire, l'enjeu est loin d'être symbolique : sur un local parisien, la taxe foncière et ses taxes additionnelles représentent souvent l'équivalent de plusieurs semaines de loyer par an. C'est une ligne à intégrer au budget dès la négociation, au même titre que le loyer lui-même et le dépôt de garantie.

Et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ?

Elle suit la même logique que la taxe foncière à laquelle elle est adossée : refacturable si le bail l'a prévue. Là encore, tout se joue à la rédaction.

L'information du locataire sur les travaux

La loi Pinel a aussi imposé au bailleur de donner de la visibilité sur les travaux. Le locataire doit recevoir un état prévisionnel des travaux envisagés et un état récapitulatif des travaux déjà réalisés, avec leur coût, cette information étant renouvelée périodiquement au cours du bail.

L'intérêt est double. Pour le locataire, c'est la possibilité d'anticiper des appels de fonds et de vérifier que les travaux refacturés ne relèvent pas des catégories interdites. Pour l'investisseur, c'est une contrainte de transparence qui pèse sur la gestion, mais qui limite aussi les contentieux.

Ce que ça change concrètement, côté locataire et côté bailleur

Si vous louez

Avant de signer, demandez l'inventaire et lisez-le ligne à ligne. Vérifiez trois choses : que la taxe foncière y figure explicitement si le bailleur entend vous la refacturer, qu'aucune clause ne vous transfère les travaux de l'article 606, et que la clé de répartition est compréhensible s'il s'agit d'un ensemble immobilier. Une clause générale et vague ne vous protège pas : elle vous expose.

En cours de bail, l'état récapitulatif annuel est votre outil de contrôle. C'est aussi un levier utile au moment de la révision du loyer : un locataire qui supporte des charges lourdes dispose d'un argument de négociation.

Si vous êtes bailleur ou investisseur

La rédaction de l'inventaire conditionne votre rendement net. Un inventaire incomplet se retourne contre vous : ce qui n'y figure pas ne se réclame pas. À l'inverse, un inventaire précis, remis au locataire et tenu à jour, sécurise la refacturation et réduit le risque de contestation.

C'est aussi une donnée d'arbitrage à l'achat. Entre deux biens au même loyer affiché, celui dont le bail met la taxe foncière à la charge du locataire dégage un rendement net sensiblement supérieur. L'analyse du bail fait partie intégrante de l'analyse de l'investissement, au même titre que l'état des lieux ou que la clause de destination, dont nous détaillons les enjeux dans notre article sur la déspécialisation.

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A propos de l'auteur
Samuel Levy
Directeur général de Wall Partners

FAQ

Ces questions pourraient vous intéresser.

Qui paie la taxe foncière dans un bail commercial ?

Le propriétaire en est le redevable légal, mais la loi autorise expressément les parties à en convenir autrement. La taxe foncière peut donc être refacturée au locataire, à condition que le bail le prévoie par une clause expresse et qu'elle figure dans l'inventaire des charges. Un bail silencieux la laisse au bailleur.

Quelles charges ne peuvent plus être mises à la charge du locataire ?

Depuis le décret du 3 novembre 2014 : les grosses réparations de l'article 606 du code civil et les honoraires correspondants, les travaux de mise en conformité relevant de ces grosses réparations, les impôts dont le bailleur est le redevable légal sauf dérogation prévue pour la taxe foncière, et les honoraires de gestion des loyers. S'y ajoutent les charges des locaux vacants dans un ensemble immobilier.

Mon bail date de 2010 : ces règles s'appliquent-elles ?

Non. Elles concernent les baux conclus ou renouvelés à compter du 5 novembre 2014. Un bail antérieur continue de produire ses effets selon ses propres stipulations, y compris si elles transfèrent au locataire des charges aujourd'hui interdites. Le renouvellement fait basculer le bail dans le nouveau régime.

Que risque un bailleur dont l'inventaire des charges est incomplet ?

Il ne peut pas réclamer ce qui n'y figure pas. L'inventaire étant limitatif, une charge omise reste à sa charge, même si l'usage du marché voudrait qu'elle soit supportée par le locataire. La précision de la rédaction a donc un effet direct sur le rendement net.

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